Décollage en trombe pour le festival Check-in Party

C’est dans la Creuse, à Guérêt plus précisément, qu’a eu lieu la première édition du festival Check-in Party. Le site de l’aérodrome de Guéret/Saint Laurent a accueilli durant trois jours un événement à la programmation musicale riche et pointue, à l’opposé des festivals en voie de mondialisation, qui proposent peu ou prou tous la même prog, voulant ravir tout le monde mais qui au final laissent tout le monde sur leur faim. Ici c’est la musique avant qui passe avant tout, avec une affiche réellement cohérente. Et ça, ça fait un bien fou… et ce n’est pas tout.

Première bonne surprise : l’arrivée sur le site du festival, en voiture pour ma part, n’a été sujette à aucun ralentissement. La Check-in Party est née sur les cendres du festival El Clandestino, organisé deux années auparavant autour de Manu Chao et tristement célèbre dans la région pour ses interminables files de voitures pour accéder au site. Rien de tout cela ici, des déviations bien pensées et des bénévoles présents pour vous aiguiller jusqu’à votre place de parking permettent d’arriver en toute sérénité. 

Sérénité que l’on conservera tout au long du weekend, car la première chose qui vient à l’esprit lorsque l’ont pénètre dans l’enceinte du festival c’est sa taille : c’est la bonne taille !!!! La taille humaine, la taille parfaite, pas le festival où il faut se taper 3km entre sa tente et l’entrée puis encore 1km entre chaque scène… non là tout est à proximité, ni trop grand, ni trop petit. Les deux plus grandes scènes (Air Force Stage et Wall of Sound) sont sur le même terrain à quelques dizaines de mètres l’une de l’autre et une troisième, la Spitfire Stage est un peu plus excentrée, à l’écart des deux grandes lui permettant de faire jouer des groupes simultanément sans pollution sonore. L’agencement du site est une vraie réussite, on y circule librement, il n’y a pas de goulot d’étranglement où l’on se retrouve coincé suite à un afflux de festivaliers (oui c’est du vécu et revécu et re re…) bref on vous le dit : SERENITE !

Le premier jour a attiré beaucoup de monde. autour d’une programmation 100% féminine. C’est le Prince Miiaou qui a l’honneur d’être la première artiste à se produire à le Check-in Party. La jeune femme, accompagnée de Norbert Labrousse à la batterie, est venue défendre son 5e album en date : « Victoire ». Même si vue l’heure, le site n’était pas encore noir de monde, Maud-Elisa Mandeau aka Prince Miiaou, a remercié chaudement les spectateurs présents d’être venus si nombreux assister à son set. Un set rondement mené par la multi instrumentiste, vêtue de sa traditionnelle armure rouge, que l’on a pas sentie insensible au fait d’apposer sa griffe pour la première du festival, qui plus est à quelques pas de ses terres de Charente Maritime.

La véritable tête d’affiche du jour c’est bien l’icone rock Patti Smith. Elle et son groupe jouent pas mal de reprises : Are you experienced ? de Jimi Hendrix (qu’elle a rencontré plusieurs fois à l’époque), After the gold rush de Neil Young ou plus surprenant Beds are Burning de Midnight Oil mais après tout rien d’étonnant lorsque l’on connait sa discographie et en particulier l’album de reprise Twelve sorti en 2007. Encore moins étonnant lorsque l’on se penche sur les parôles de Beds are Burning de Midnight Oil qui prend la défense du peuple arborigène et met également l’accent sur la nécessité de prendre conscience de l’impact des activités humaines sur la planète (déjà en 1987…).  Because the Night et Gloria auront raison d’un public conquis avant même qu’elle n’entre en scène. Une heure de set, ça passe vite, surtout avec une grande dame comme elle mais on a l’impression de voir l’histoire du rock se produire sous nos yeux, ici, dans la Creuse, à la Check-in Party.

Et qui de mieux pour la succéder sur scène que Jeanne Added, avec un set tranchant, tout en maitrise. C’est encore une preuve, s’il en fallait une, que les programmateurs ont le nez creux. Car en programmant l’electro pop de la multi nominée aux Victoires de la Musique après la performance de Patti Smith ils évitent l’explosion en plein vol quasi certaine à un autre artiste rock qui aurait pu se présenter après Patricia. Jolie manoeuvre commandant.

Foals, proche de son public

Autre temps fort du festival, les anglais de Foals. Le quintet, emmené par leur chanteur Yannis Philippakis est venu défendre la première partie de son 5e album  « Everything not saved will be lost » sorti au mois de mars dernier, la deuxième étant prévu pour le 28 septembre prochain. On va avoir droit à un enchainement de tubes sur une scène à la décoration arborée. La végétation qui rappelle bien entendu la magnifique pochette luxuriante du dernier album qui s’affaire à démontrer que mère nature nous est tellement supérieure. My Number, Mountain at my gates, What went down ou encore Inhaler, devenus en quelques années de vrais anthems pop/rock, aucun ne manquait à l’appel. On aura même eu droit au rageux Black bull, excellent titre très rock dans lequel Yannis s’égosille comme jamais, issu du prochain album. Une performance de haut vol.

Gogol Bordello

Gogol Bordello a enflammé la grande scène, ce groupe qui jongle avec les styles rock, reggae, punk, musique gitane, ska ou rap. Un mélange joyeux et entêtant qui déclenche une ferveur peu commune et a fait vibrer la foule à l’unisson sur l’aérodrome de Guéret Saint Laurent. Ca sautille, ça danse, ça bouge, c’est un beau bordel aussi bien sur scène que dans la foule. 

Slaves, entre poussière et chaleur

Coup de coeur pour le duo anglais Slaves qui a retourné le public de la Checkin. Isaac Holman chanteur et batteur (toujours debout au passage, on sent qu’il est tellement habité par la musique qui joue que de toute façon il ne pourra pas s’asseoir) et Laurie Vincent à la guitare nous ont livré un concert doté d’une furie rarement vue. De vrais allumés, d’ailleurs Isaac expliquera qu’il est le seul à pouvoir supporter le frasques de son acolyte et à l’accepter dans un groupe avec lui. Dans le public ça bouge dans tous les sens, faisant s’élever pas mal poussière qui rappelle de grands festivals metalleux. 

The Inspector Cluzo, ils combattent la malbouffe à coup de riffs énervés

Quelques instants à peine pour souffler et se diriger sur l’autre grande scène l’Air Force Stage où avant même le premier riff de guitare Laurent le chanteur nous adresse ceci : « Bon les anglais là bas, c’était sympa, un morceau, deux morceaux… mais bon au bout d’un moment on en a plein les… » le ton est donné : The Inspector Cluzo peut commencer son set. Dans les interventions, comme dans la musique, aucune concession. Ces deux là, et c’est ce qui a participé à faire leur succès, ne renient rien. Succès qui gagne la planète entière puisqu’ils sont régulièrement en tournée aux USA et aux quatre coins du globe. Nos deux landais plus que de jouer du rock, font surtout passer un message : ce sont des personnes issues de la terre, qui perpétuent les techniques et usages de leurs ancêtres pour travailler la terre et faire de l’élevage. C’est donc par le biais de la musique qu’ils combattent la malbouffe et la mondialisation et pronent le consommer local ou encore le bio. Et ce ne sont pas que des paroles puisque la majeure partie de l’année ils la passent dans leur ferme Lou Casse dans le sud ouest à travailler la terre, prendre soin de leurs bêtes au point d’être aujourd’hui autonome niveau alimentaire. Musicalement, même combat : pas de concessions, refus de signer sur des majors qui les ont démarché, ils veulent prouver que l’ont peut « tout faire tout seuls » et que l’on s’en porte que mieux. Si vous voulez en savoir plus je vous invite à aller lire l’excellente interview réalisée par Manu de Rock Alternative News à cette adresse.

Et devinez ce qu’on retrouve aux stands food du festival ?

Du local en grande majorité ! Encore une preuve de l’intégrité des organisateurs et qu’ils ne laissent rien au hasard. Burgers locaux, friterie bio, plats vegans, cochons du limousin… le tout à des prix raisonnables, comme les boissons d’ailleurs. On avait presque oublié ce que ça faisait de ne pas payer 10€ pour une pinte. Assez rare pour être signalé le festivalier et encouragé à venir avec sa gourde ou avec son ecocup pour les faire remplir au point d’eau disponibles (ou d’autres breuvages à base de houblon). Eco responsable jusqu’aux toilettes qui sont des toilettes sèches extrêmement bien gérées : peu d’attente et aucune odeur !

Le soleil et chaleur pendant les trois jours, même ça ils ne l’ont pas laissé au hasard !

Ce festival s’avère être une réussite à tous les niveaux, et c’est apparemment l’avis partagé par les quelques 14000 voyageurs présents. Dès le début on se rend compte que la Check-in Party nous fait voyager en First class mais au prix d’une économique : Programmation premium et prix des billets et consommations très raisonnables. De alimentation à la disposition du site, en passant par les enchainements parfaits entre les concerts (ne laissant que peu de temps morts à chaque escale) tout est calculé dans les moindre détails pour que l’on profite pleinement du vol sans se soucier du reste. Aucune turbulence ou trou d’air, n’a été à déplorer, et on est déjà prêts à embarquer de nouveau dans l’avion qui devrait être ré-affreté en 2020 pour une deuxième édition. En espérant qu’elle soit de haut vol comme celle ci, mais il n’y pas de raison. Et je ne vous ai pas parlé de la région, même si je n’ai eu le temps que de la survoler, que le festival m’a permis de découvrir en journée car non sans le festival je ne serais jamais allé en Creuse, et j’aurais raté quelque chose… j’y reviendrai dans la deuxième partie du report dès que je serai un peu redescendu !


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